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25.04.2007
Lettre dans LIBERATION
Le romancier Dan Franck publie demain un éditorial dans Libération sur un certain Besson.
Dans les pièces de théâtre de Boulevard, ce type de personnage joue les traîtres de service
Lettre ouverte à Eric Besson, député socialiste de la Drôme.
Monsieur,
Je ne vous connais pas. Je ne vous ai jamais lu. A peine entendu. Je ne sais pas à quoi vous ressemblez, j’ignore vos désirs, vos souffrances, vos vices, vos vertus. Je partage avec vous un caractère pulsionnel et le goût des colères. C’est tout. Cela suffit. En quelques semaines, vous avez écrit un livre qui s’est vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires : le parti socialiste vous avait offensé, ce fut là votre réaction. En quelques minutes, je vais écrire cette lettre que j’enverrai à Libération : vous m’avez heurté, c’est là ma réaction.
J’ai entendu les paroles que vous avez prononcées à Dijon devant des militants de l’UMP : « Il y a quatre mois à peine, je participais au début d’une entreprise délibérément conçue de diabolisation du favori de l’élection présidentielle ». Pour battre Nicolas Sarkozy, avez-vous expliqué, il fallait « le diaboliser, le caricaturer en espérant parvenir à ce qu’il fasse peur. » Vous y êtes parvenu : il vous a fait peur. Si peur, même, que, plutôt que de le combattre, vous avez choisi de faire allégeance, toutes pompes cirées : « Dans cette entreprise, j’ai pris ma part, trop largement ma part, et je suis reconnaissant à Nicolas d’avoir bien voulu, parce que nous nous connaissions, mettre cela sur le compte du combat partisan. »
Il ne vous en veut pas. Il a tort : qu’y a-t-il de pire qu’un lèche-cul ? Un suspect. Vous êtes un suspect. Vous rompez avez le parti socialiste après en avoir été le secrétaire national chargé des questions économiques. C’est votre droit. Vous écrivez un livre dans lequel vous brûlez ce que vous avez adopté, adoré, crachant dans une soupe qui désormais vous répugne. C’est votre problème. Vous ralliez le camp ennemi. C’est votre conscience. Vous conchiez le parti qui vous a élu, vous, encore député socialiste de la Drôme, et ce sont les électeurs que vous offensez, ceux qui vous ont choisi, grâce à qui votre nom vous permet de vendre des livres – et moi, qui ne suis pas militant socialiste, qui n’ai pas soutenu publiquement Ségolène Royal, mais que ces manières dégoûtent et, surtout, effraient : moins parce qu’elles sont les vôtres que parce qu’elles sont utilisées par ceux que vous servez désormais. La démocratie n’a rien à faire de ces répugnances. Elles lui sont étrangères. D’où ma colère. Et ma crainte.
Je vais voter pour la gauche. Elle est ma famille comme elle fut la vôtre. Je la quitterais immédiatement si, pour gagner, elle recourait à des moyens aussi dégueulasses : transformer un économiste distingué en homme-sandwich pris entre le beurre, l’argent du beurre… et le cornichon. Vous êtes un exemple à ne pas suivre : s’il faut se coucher comme vous l’avez fait pour bien dormir, autant rester debout et veiller. Merci pour la leçon, et bonne nuit, Monsieur Besson.
Dan Franck
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