23.05.2007
Quelques réflexions sur la campagne
Prenons tout d'abord conscience d'un fait important dans la campagne que nous venons de mener. Ce n’est pas Sarkozy ni l'UMP qui ont gagné, c'est une fois de plus la gauche qui a perdu. Nous avons reproduit à l’identique mais pas pour les mêmes raisons les conditions de l'échec cuisant de 2002. Pourtant nous avions les meilleures cartes, la meilleure chance boostée par cette fameuse alternance qui aurait du être. Mais nous avons été timides dans nos différentes attaques à l'encontre du candidat Sarkozy, surtout en matière de bilan, surtout en matière de passif. Certains que j'éviterai de citer ici, se trompant de cible et préférant s'acharner sur le bilan Chirac.
Oui je le répète haut et fort, l'appareil du PS a fait défaut, ce n'est pas la seule raison de notre échec mais c'est la principale. Certains diront que notre candidate a commis beaucoup d'erreurs, certes, mais Sarkozy aussi! Il avait par contre, sauf dans de rares occasions, l'avantage de ne pas avoir le systématisme des attaques virulentes dont a « bénéficié » Ségolène.
Mais cela ne suffit pas, alors que s’est-il passé, si ce n'est que cela se passe encore maintenant. De mon point de vue, le PS et c'est antinomique, s'est considérablement embourgeoisé, victime peut-être des résultantes de ce que l'on a appelé la "gauche caviar" sous l'ère mitterrandienne. Il suffit pour appuyer ce constat de regarder certains dirigeants et pas des moindres, Molière en aurait fait ses choux gras, en regardant cette poignée de bourgeois pseudo humanistes évoluer avec pour unique leitmotiv celui de préserver ses privilèges acquis, le tout animé d'une ambition démesurée. Je suis, certes un peu dur mais certainement pas loin de la vérité.
Il suffit de regarder pour se rendre compte de tout ce qui se passe et ce, à tous les échelons de l'appareil du parti. Cet état d’esprit qui anime la tête se traduit partout dans le mouvement. Une petite parenthèse avant d'aller plus loin, ceux qui nous ont fait le plus de mal dans cette campagne, à leur décharge de façon non intentionnelle, sont les responsables DA qui étaient candidats à une élection quelconque, et notamment aux législatives, ils nous ont incités à nous intégrer et à suivre les règles d'un parti démissionnaire de peur de perdre ces privilèges que le PS leur avait octroyés : "mauvais calcul et ils s'en rendront compte après la déculottée annoncée de la prochaine échéance".
Bref, j'en reviens à cette fameuse déclinaison malsaine de l'appareil. Je peux en parler librement car je l'ai vécue, car cette campagne je l'ai menée dans tout le département des Hauts de Seine. Le petit Sarkoland, un laboratoire de ce qui nous attend au niveau national. Outre le fait d'avoir vu, encore une fois timidement, les attaques de nos dirigeants locaux à l’encontre de notre adversaire, je me suis aperçu très vite que ce manque de "gnack" correspondait en fait à la préservation d'acquis individuels et à une transposition sur ce que l'on pourrait avoir plus tard.
Oui le PS a perdu son âme, la passion qui l'animait s'est transformée en une série d’ambitions malsaines et trop souvent personnelles. Certains ont oublié que dans socialisme il y a cette dimension sociale, à croire que les cordonniers sont les plus mal chaussés mais à ce point...
N'avez vous jamais rencontré un secrétaire de section qui sous une forme de diktat cloisonnait tout, d'un maire autocratique qui avait établi un chantage psychologique sur ses conseillers municipaux socialistes à tel point que ces derniers ne remettaient plus en cause ni ses excès ni ses erreurs, de candidat aux législatives qui n'acceptaient aucune remise en cause d'eux même ou d'un premier fédéral tellement cumulard qu'on pourrait se demander s'il n'a pas plusieurs clones pour assurer ses multiples responsabilités.
Oui notre parti a perdu son essence originelle, elle est remplacée par des acquis de mandarin. Et l'histoire est un éternel recommencement mais à contrario de la "révolution française" il n'y a plus, dieu merci, de guillotine. Il n'existe plus cette solidarité qui faisait l'âme du PS, j'ai entendu Robert Badinter, non sans humour, expliquer lors d'un débat du changement je cite "si vous avez en face de vous trois socialistes vous aurez trois courants mais ils s'uniront sans problème pour le combat final". Si je n’avais pas énormément de respect pour ce monsieur, je m’oserai a dire que papy fait de la résistance.
Ce vous avancez est vrai monsieur Badinter, mais cela se passait du temps des dinosaures (rien avoir avec les éléphants) c'est à dire de 71 à 81 ou plutôt 83, après ce ne fut depuis notre plus jeune premier ministre de la France qu'une succession d'individualité.
Alors dans cet état d'esprit peut on blâmer un Bernard Kouchner et d'autres, non car Bernard dans le cadre d’une législation de gauche, n’aurait jamais eu le privilège d'occuper ce poste, on ne lui aurait peut être même pas proposé, il n'y a qu'a droite que l'on propose ce ministère à d'anciens médecins, non je plaisante!
Un petit peu de sérieux, plus clairement notre parti est malade de cela et cela touche même nos propres fondations, celle de Jaurès entre autres (je le cite car ces derniers temps il revient à la mode). Le seul moyen de nous en sortir est de casser cet individualisme qui dépasse tout entendement, qui détruit jusqu'à nos propres valeurs.
Il faut tout raser et reconstruire. Nos électeurs en ont assez des maires de Sarcelles qui habite Porte de Passy, marre des leaders qui trainent dans leur besace moult casquettes et qui continuent à traverser tous les extrêmes du parti sous prétexte d'avoir mangé des carottes râpées en regardant la Star’ AC en prétextant à chaque fois qu'ils ont, comme notre heureux adversaire, changé.
Insupportable aussi le comportement d'un premier secrétaire qui faute de trancher, ménage chèvre et choux, pensant après avoir certainement consulté un shaman, que si il se maintient son heure arrivera peut être.
Cher(e)s camarades cher(e)s ami(e)s, nous ne sommes plus à l'heure de la recomposition mais à celle de l'éradication et une fois ce ménage fait, peut être pourrons nous à nouveau reprendre ces anciennes compétences, mais avec un autre état d'esprit...
Bien à vous
Patrick PROFIT
16:46 Publié dans A vous de prendre la parole | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Eric Besson, le transfuge récompensé
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Ancien "M. Economie" du Parti socialiste passé dans l'autre camp en cours de campagne, Eric Besson a été nommé secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques au sein d'un gouvernement de droite.
L'ex-secrétaire national du PS exercera ses fonctions auprès du Premier ministre François Fillon.
Epilogue d'un des feuilletons les plus mouvementés de la campagne présidentielle, cette désignation couronne une carrière atypique partagée entre le privé et la politique, qui a basculé le 21 février 2007.
Après de fortes tensions sur le chiffrage du "pacte présidentiel" de Ségolène Royal et, explique-t-il, des attaques ad hominem, l'homme au visage poupin claque la porte du PS. "Je ne reviendrai jamais", prévient-il.
Après ce coup d'éclat, il publie un livre au vitriol pour régler ses comptes avec la candidate socialiste - "Qui connaît Mme Royal?" se classe rapidement en tête des ventes d'essais - officialise son soutien à Nicolas Sarkozy au soir du premier tour et participe à trois meetings de l'UMP entre les deux tours, concluant son propos d'un "Forza Nicolas!".
Le 6 mai, Ségolène Royal, battue, téléphone à Nicolas Sarkozy pour le féliciter, comme le veut la tradition républicaine.
Elle glisse dans la conversation sa colère d'avoir vu l'UMP "récupérer" Eric Besson - qu'elle surnomme en privé "Judas" - et rappelle à son rival qu'elle avait interdit la distribution du pamphlet rédigé par le responsable socialiste sur le futur président intitulé "Un néo-conservateur au passeport français" - un texte "limite raciste" à ses yeux.
Une manière de mettre en garde son adversaire : elle prendra comme un affront personnel la nomination à un poste ministériel de celui que Libération a un temps surnommé le "traître étalon".
Né en 1958 au Maroc d'une mère d'origine libanaise et d'un père pilote-instructeur dans l'armée de l'air mort trois mois après sa naissance, Eric Besson arrive en France à 17 ans, fait des études de commerce puis intègre Sciences-Po Paris. En 1982, il rate le concours d'entrée à l'Ena.
Celui que le "Dictionnaire des Parlementaires Drômois de 1848 à 2002" décrit comme un "homme susceptible et un compétiteur extrêmement déterminé" publie le lendemain un encart publicitaire dans Le Monde pour proposer ses services au secteur privé. "Je ne crois pas que l'Etat soit le seul à satisfaire l'intérêt général", proclame-t-il sur un quart de page.
Il est embauché chez Renault Véhicules Industriels avant un bref passage par la presse (Challenges). Il travaille ensuite pour la fondation Face, qui lutte contre l'exclusion et est dirigée par Martine Aubry, puis la fondation Vivendi s'occupant de réinsertion de chômeurs.
Eric Besson, marié et père de trois enfants, est maire de Donzère, un village de 4.000 habitants dans la Drôme, depuis 1995. En quittant le PS, il a annoncé qu'il ne se représenterait pas aux élections
Reuters
vendredi 18 mai 2007, mis à jour à 12:05
L'EXPRESS
16:32 Publié dans Lu dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Merci de transmettre ma réponse à Madame Royal!
Bien sûr que nous allons continuer à vous soutenir dans vos futurs combats et cela jusqu’à ce que vous deveniez la Présidente de la République.
Vous nous avez donné des désirs d’avenir, nous continuons, mais vous avez perdu.
Il vous faudra analyser les raisons de votre échec pour convaincre les deux millions de Français qu’il vous manquait.
Puisque nous en sommes aux raisons pour lesquelles nous avons perdu, je le dis tout net, et cela me fais mal de l'écrire, c'est parce que vous,Ségolène, vous avez été moins bonne que Sarkosy.
Je le pense vraiment, moi qui a été d'un soutien sans faille pour vous, avec mes deux blogs, http://avecsegolene.skyblog.com/ et http://pournouscestelle.blog.20minutes.fr/ , mes débats participatifs , mon adhésion au PS et mes réunions, ma distribution de tracts, et les innombrables discussions avec plein de personnes de tous horizons.
Ségolène, vous avez mal pensé votre campagne. Autant votre site et votre association a été une idée géniale, autant sur le terrain, Sarko a été meilleur.
L'élection présidentielle est la rencontre entre un candidat ou une candidate avec le peuple de France qui vote.
Pour rencontrer ces deux millions de personne qu’il vous manquait, il aurait fallu que le peuple se reconnaisse davantage dans votre projet. Demander aux gens ce qu'ils ont besoin, c'est avant qu'il faut le faire, pas au moment où la campagne est lancée.
Vous aviez suffisamment d’arguments en septembre pour vous passer des débats participatifs d’élaboration d’un projet.
Dès votre désignation, vous auriez aurait dû mettre en ligne votre projet présidentiel et à la place des débats participatifs, il aurait fallu le présenter et l’expliquer.
En une heure, avec un bon PowerPoint, un ordinateur et un vidéo projecteur, on l’expliquait et ensuite pendant deux heures on débattait avec la salle.
On n'a pas eu les moyens de le faire, vous n’avez pas su obliger le PS de le faire. Vous avez demandé de faire des débats participatifs, ils ont organisé des débats participatifs sans nous associer et sur des thèmes très ciblés comme par exemple la petite enfance, thème intéressant mais les citoyens voulaient voir l’ensemble de votre projet.
Les gens attendaient le projet global et ce n’est que le 17 mars que le Pacte est sorti sur Internet et fin mars sous forme papier.
De novembre à fin mars, alors que ce temps aurait dû servir à enrichir son projet, cela a été un silence assourdissant où le camp d’en face a jeté toutes ses forces sur deux thèmes : elle n’a pas de programme et elle est incompétente.
Si dès le 17 novembre, votre projet avait été prêt et dès janvier des documents papier à distribuer, vous gagniez, car ensuite, il vous suffisait de demander à tous ceux qui voulaient vous soutenir d’enrichir votre projet, pas de le déformer, de l’enrichir.
Ensuite, il y a eu le PS qui a passé son temps à taper sur Sarko.
Comme Sarko piquait vnos idées, le PS n’a même pas vu qu’il se tapait dessus, sur lui-même.
Il aurait dû passer son temps à expliquer et encore expliquer. Mais il faut dire que dès le départ, il vous avait mis le projet socialiste dans les pattes. Franchement, c’est quoi cela ! Et François Hollande qui sort le coup des 4.000 euros en disant qu’on est riche avec 4.000 euros.
Combien de personnes m’ont parlé de cela ? C’est du brut, c’est par foyer ? Les classes moyennes, grandes oubliés de la croissance se sont dit, on va encore trinquer avec les socialistes au pouvoir comme si on n’avait pas suffisamment trinqué depuis 5 ans !
Et que dire de la semaine de Pâques, avec les interventions de Rocard et Kouchner.
Ce n’est pas possible ce niveau d’incompétence politique.
Ces mecs, vous les avez mis dans votre staff, lors que pas un seul des responsables de vos Comités de soutien n’y figurait et franchement le PS n’a pas levé le doigt pour nous intégré.
Vous avez certainement pensé que les e-militants, parce que nous maîtrisons bien Internet, nous n’étions pas capable de vous conseiller. Franchement on aurait fait aussi bien que la plupart des 13.
Et que dire de la responsable fédérale du Rhône où je réside, qui une semaine avant le premier tour, alors que les sondages plaçaient Bayrou entre 15 et 20% et vous-même à 23-27, mais toujours seconde alors que le reste de la gauche était à la ramasse, un simple calcul montrait qu’au second tour, on avait besoin de leurs voix, vas-y que je tape sur le centre comme une malade et mot d’ordre aux militants tapez sur Bayrou !
Franchement, si un centriste était présent ce jour là, il n’aurait pas voté pour vous au second tour.
Je ne veux pas refaire l’histoire, mais Ségolène, vous devez vous remettre en question, analyser froidement les causes de votre échec et repartir pour être candidate en 2012, avec ou sans l’aval du PS pour qu’enfin, vous rencontrer les deux millions de personnes qui vous ont manqué.
Les Français savent maintenant qu’elle a la stature d’une Présidente, alors qu’elle y aille franco.
Autre chose, arrêtez avec des annonces du style il faut raccompagner les femmes flics chez elles.
Je ne sais pas si vous avez raison, mais franchement ce n’est pas le rôle d’une Présidente de s’occuper de cela.
Voilà ce que j’avais à dire et en résumé, Ségolène vous devez vous améliorer pour gagner en 2012.
Vous pouvez compter sur moi et je sais sur tous vos amis de Désirs d’Avenir.
Des idées, nous en avons et nous sommes prêts à vous les faire partager.
Affectueusement,
Joseph DA Caluire
16:17 Publié dans A vous de prendre la parole | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Hommage à Ségolène Royal
Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
Hommage à Ségolène Royal
Eh bien oui.
Au risque de surprendre, je pense que Ségolène Royal a fait une bonne campagne.
Elle a perdu, c'est entendu.
Et perdu plus lourdement que ne le donnaient à penser, ces derniers mois, les prévisions.
Mais elle a perdu pour des raisons que l'on commence à bien cerner et dont je prétends, moi, qu'elles sont à son honneur.
Elle a été diabolisée, d'abord. On a beaucoup parlé - et on avait raison - de la tentative de diabolisation dont fut victime son adversaire. Mais autrement plus insidieuse, donc plus ruineuse, fut la diabolisation qui l'a poursuivie, elle, depuis ses premiers pas. Incompétente quand elle la fermait ; agressive quand elle l'ouvrait... N'ayant rien à dire quand elle prenait le temps d'écouter ses électeurs ; scandaleuse quand elle rompait le silence (les 35 heures) ou brisait les orthodoxies (ses prises de position, si courageuses, sur le nucléaire iranien ou le Darfour)... Bécassine, enfin, avant son débat avec Sarkozy ; Cruella après et, surtout, pendant - quand elle a commis le crime de lèse-future majesté de l'interrompre, interpeller, ne rien laisser passer, le mettre dans les cordes... Ce n'est plus une femme, gronda la rumeur, c'est une sorcière. Ce n'était plus la douce, la maternelle Ségolène, c'était un bretteur, une tueuse - voyez ces yeux minces où passent des épées de feu ; entendez cette voix de mauvaise sirène, une octave trop haut, si dure... Ah, l'increvable misogynie des Français et souvent, malheureusement, des Françaises ! J'ai aimé, moi, cette dernière image dans ce dernier débat. J'ai aimé la stature qu'elle a prise à cet instant - et la belle droiture qui émanait de son regard et de son port. Elle honorait la gauche, cette droiture. Et elle honorait la France.
Elle a livré bataille, deuxièmement, à un moment d'inflexion, mais encore, hélas, de suspens, où il devenait clair que la vieille stratégie d'union des gauches n'avait plus de chance de l'emporter, mais où la nouvelle stratégie d'alliance avec le centre restait trop insolite, inédite, bref, révolutionnaire , pour passer le cap des hypothèses et retourner, réellement, les esprits. Mme Royal a dit les mots qu'il fallait dire. Elle a fait les gestes qu'il fallait faire. Peut-être, d'ailleurs, le grand débat de la campagne, celui qui restera, celui qui fit bouger les lignes en même temps que, au passage, les liturgies cathodiques, fut-il ce débat avec Bayrou dont elle a pris l'initiative et qui ouvrait, on le verra maintenant très vite, un vrai nouveau chapitre de l'histoire politique française. Mais voilà... Il était trop tôt... On a dit, ici ou là, qu'il était trop tard, que c'est avant qu'il fallait le dire, avant qu'il fallait le faire, etc. Non, voyons. Le contraire. Il était trop tôt dans le siècle. Trop tôt dans l'histoire du pays. Sauf que c'est elle, Mme Royal, qui, trop tôt ou trop tard, l'aura fait. Sauf que, ce big bang rêvé par les uns, annoncé par les autres, c'est elle, et personne d'autre, qui l'aura osé et déclenché. Pour cela, elle restera. Pour cela, même si elle a perdu, elle a gagné.
Et puis il faut bien reconnaître, enfin, que Nicolas Sarkozy a été bon. Vraiment bon. Je veux dire par là qu'il a su surfer, avec un mélange de talent et de cynisme non moins remarquables l'un que l'autre, sur une vague de fond dont il semble que tout le monde ait, à part lui, sous-estimé la terrible puissance. Qui, parmi les commentateurs, avait prévu que l'éloge d'une France qui n'a jamais commis - sic - de crime contre l'humanité puisse faire recette à ce point, douze ans après les paroles de Jacques Chirac reconnaissant, au Vél' d'Hiv, notre participation au crime nazi ? Qui imaginait de tels hurlements de joie et, au fond, de soulagement chaque fois que fut dit et redit, de meeting en meeting, que la France ex-coloniale n'était coupable de rien, qu'elle n'était en dette vis-à-vis de personne et qu'elle devait être fière, au contraire, de son oeuvre civilisatrice ? Qui, encore, pouvait deviner que le traumatisme de Mai 68 fût resté si vif dans les esprits que l'appel répété à « liquider » - quel mot ! - l'héritage du « parti des voyous et des casseurs » puisse faire jaillir, lui aussi, de tels geysers de fiel, de joie triste et de ressentiment ? Mme Royal a résisté à ce discours. Fidèle à la ligne tenue, sur ces sujets, peu ou prou, par nos deux derniers présidents, elle a tenté d'endiguer ce flot de haine et de rancune. Et, de cela aussi, je lui sais gré.
Je ne parle pas - car seul le mauvais esprit gaulois en a douté - du sang-froid dont elle a fait montre, d'un bout à l'autre de l'aventure.
Je n'insiste pas - encore que le fait fût unique dans notre histoire électorale - sur la double bataille qu'il lui a fallu mener : l'une, publique, contre son adversaire ; l'autre, secrète, contre les siens.
Et je n'évoque que pour mémoire, enfin, le ton et, comme dit un poète qu'elle affectionne, le « frisson nouveau » qu'elle a fait passer dans cette vieille musique socialiste qui n'en finissait pas de mourir et qui n'attendait, peut-être, que ce salutaire coup de grâce.
Tout cela, elle l'a fait. Et il faut espérer que s'en souviennent ceux qui, à partir de ce lundi matin, vont être tentés de se livrer au petit jeu de la chasse à la sorcière ou de la production de la chèvre émissaire.
Ségolène Royal est loin d'avoir dit son dernier mot - et c'est tant mieux
09/05/2007 - Bernard-Henri Lévy - © Le Point
16:13 Publié dans Lu dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.05.2007
Le meeting de Charlety
17:49 Publié dans Les vidéos | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note